EXCLUSIF. Rigobert Song Bahanag : « Les Lions ont fait quelque chose de mémorable »

EXCLUSIF. Rigobert Song Bahanag : « Les Lions ont fait quelque chose de mémorable »
Mardi, 29 mars 2022. Le manager sélectionneur du Cameroun et le président de la Fédération camerounaise de football savourent la qualification des Lions à la Coupe du monde.

Le manager sélectionneur du Cameroun revient sur le match des barrages retour de ce mardi, 29 mars 2022 qui a vu son équipe battu à l’aller par l’Algérie s’imposer à Blida (2-1). Le technicien décrypte le jeu du groupe, se livre sur sa gestion technico-tactique de ce match-là, analyse la performance de son adversaire du jour et se projette sur son avenir immédiat

Le Cameroun vient de se qualifier pour la Coupe du monde «Qatar 2022». Comment vous sentez-vous au terme de ce match palpitant et difficile contre l’Algérie?

Je me sens très bien. Je tiens tout d’abord à féliciter mes joueurs pour l’état d’esprit qu’ils ont fait prévaloir durant toute la rencontre car c’est cela qui a fait la différence. Nous ne partions pas favoris, surtout après ce qui s’est passé au match aller [défaite 0-1 vendredi, 25 mars 2022 au stade de Japoma, NDLR]. Mais aujourd’hui, mes joueurs ont démontré que quand on veut, on peut. Et ils l’ont démontré sur tous les points : aussi bien tactique que mental. Ils étaient mentalement en place comme je le leur ai demandé avant le match. Ce genre de rencontre ne se gagne pas qu’avec la tactique. Certes, on doit l’élaborer et la mettre en place ; mais c’est davantage sur le mental qu’il faut travailler.

Quel est le message que vous avez passez à vos joueurs au terme des 90 minutes du temps réglementaire consacrant l’égalité parfaite entre les sélections d’Algérie et du Cameroun pour les booster?

Il était tout simple. Je leur ai dit qu’un match se joue en 90 minutes. Mais il peut arriver qu’on aille au-delà des 90 minutes comme cela a été notre cas ce soir. Mais nous avons su, mon staff et moi, mettre en place la stratégie qu’il fallait pour les mettre en difficulté. Le souci que nous avons eu au premier match est que nous ne les attendions pas sur le système qu’ils ont développé. Sortis de cette rencontre, nous avons pris le temps d’analyser et voir où est-ce que nous avions failli et comment est-ce que nous pourrions les mettre en difficulté.  Avec les changements opérés en cours de jeu ce mardi et les joueurs qui ont accepté d’aller au-delà de ce qu’ils pouvaient donner, je crois que notre stratégie a porté des fruits.

Pouvez-vous partager avec nous la teneur du message galvanisateur tenu aux joueurs dans les vestiaires au terme du temps règlementaire ?

Le message aux joueurs est passé. Il était simple, à savoir qu’ : «il faut mouiller le maillot jusqu’au bout». À côté, j’ai une expression que j’aime bien utiliser et que j’ai également partagé avec les joueurs : «quand tu sais que tu es en danger, tu n’es plus en danger. C’est lorsque tu ne sais pas que tu es en danger que tu es en danger». Et c’est cela qui a fait la différence.

On a vu, pendant toute la rencontre de ce mardi à Blida, que vous n’avez pas effectué de remplacement alors qu’on s’attendait à ce que vous procédez aux changements lorsque le match devenait difficile. Qu’est-ce qui peut justifier cela ? Vous êtes-vous apprêté à aller aux prolongations et avez-vous préparé cette étape-là ?

Tout cela avait été planifié. Au-fur-et-à-mesure que le match avançait, et que nous ne parvenions pas encore à trouver des solutions, nous nous sommes dit : qu’elle que soit la tournure que pouvait prendre ce match, nous devrions tout faire pour garder nos réserves  et procéder aux changements aux moments opportuns ; de façon à permettre aux nouveaux entrants d’apporter  l’effet recherché. Nous avons également fait preuve de patience et de vigilance. Nous sommes restés très concentrés. Et nous avons procédé aux changements au moment où il fallait. C’est tout cela, mis ensemble,  qui nous a permis de faire la différence. C’est ça le coaching ! Nous avons essayé de faire ce qu’il fallait. Mes joueurs et moi sommes satisfaits du travail abattu.

L’Algérie égalise à moins d’un de deux minutes de la fin des prolongations. Comment le manager sélectionneur que vous êtes se sent-il à ce moment précis-là ?

C’est difficile parce que nous ne nous y attendions pas. Et je pense aussi  qu’ayant joué plus de 110 minutes, les joueurs présentaient des signes manifestes de fatigue. Nous avons d’ailleurs perdu un réflexe au moment du corner [ayant conduit à l’égalisation d’Ahmed Touba de l’Algérie à la 118ème minute, NDLR], ce qui nous a mis en danger. Mais le message que je tiens à mes joueurs depuis que je suis avec eux et, davantage depuis que nous sommes arrivés en Algérie, est que les compétitions se gagnent sur le plan mental. Et je leur fais comprendre qu’il ne faut rien lâcher. Et, jusqu’à la dernière minute, ils ont démontré qu’ils étaient prêts, et qu’ils refusaient cette défaite-là [avec le score 1-1 à moins d’une minute de la fin des prolongations, le Cameroun, battu 0-1 à l’aller, était éliminé, NDLR]. Nous n’aurions pas eu d’explications ! Aujourd’hui, ces joueurs ont réalisé quelque chose de mémorable qui restera dans l’histoire du football.

Mardi, 29 mars 2022. Les Lions Indomptables rompent la série ininterrompue d’invincibilité de l’Algérie depuis sept ans au stade de Blida et infligent au sélectionneur des Fennecs (ici à sol) sa première défaite à domicile.

Vos joueurs ont été altruistes durant toute la rencontre de ce 29 mars 2022 contre l’Algérie . Etes-vous d’avis avec ceux qui pensent que le gardien de but, André Onana, est le sauveur du Cameroun et l’homme du match  ?

Evidemment ! Mais il est là pour ça. Nous savons qui il est et ce qu’il vaut. Il fait partie des joueurs cadres de notre sélection, ceux qui ont une expérience de ce genre de match et de pareilles situations. Je pense que ce soir, il n’a que fait son job. Ces derniers mois, il a été très souvent critiqué par de nombreuses personnes. On lui reproche notamment de manquer d’attention. Il a démontré, ce soir, qu’il reste un humain ; et qu’en même temps, il reste à la dimension de ce qu’on attend de lui. Mais je crois que ce soir, il a démontré qu’il est un humain et qu’en même temps, il reste à la dimension de ce qu’on attend de lui.

Les Lions viennent de se qualifier. Dans l’immédiat, quels sont les chantiers du manager sélectionneur des Lions indomptables du Cameroun ?

Donnez-nous déjà le temps de savourer notre qualification pour le Qatar. Mais pas pour longtemps. Comme vous le savez, le calendrier international est assez chargé. Or, je ne suis arrivé à la tête de la sélection nationale qu’il y a quelque temps. Mais il faut déjà entrer dans le travail. Dès le mois de juin prochain, nous avons les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations. Et le Cameroun aura à disputer quatre rencontres.  Le chantier a commencé. Nous allons poursuivre la tâche entamée.

Déjà, félicitations pour les championnats camerounais qui ont repris. Ce serait bien que des joueurs locaux puissent être appelés en équipe nationale et qu’ils se frottent aux joueurs professionnels pour que nous puissions avoir beaucoup plus de matière. Je pense que le temps qui nous sépare de notre prochaine sortie va nous permettre de mieux nous organiser, mais aussi de détecter de nouveaux talents qui vont compléter et apporter aussi une autre énergie à cette équipe déjà en place. Vraiment, le travail a déjà commencé.

Au terme de cette rencontre des barrages retour, avez-vous échangé avec votre homologue algérien, Djamel Belmadi ? Si oui, qu’est-ce que vous vous êtes dit ?

Il est très déçu. Au terme de la rencontre, nous avons juste échangé une accolade. Après, nous nous connaissons très bien : nous avons joué lorsque nous étions en activité. Nous avons évolué ensemble du côté de l’Angleterre. Il est respectueux. Et je tiens à le féliciter pour le travail qu’il abat. Je vais vous faire une confidence : je suis très content du résultat obtenu ce soir car très peu de personne nous voyait là. On ne nous attendait pas à ce niveau-là. Les gens parlent très souvent d’expérience. Je me suis toujours posé la question de savoir ce que c’est que l’expérience ? Qu’entend-on par «avoir de l’expérience » ? Va-t-on dire, aujourd’hui, que j’ai de l’expérience parce que je suis venu à bout de l’Algérie de Djamel Belmadi ? Pourtant, ils n’ont eu cesse de dire que je n’en ai pas.

Nous pratiquons un métier où tout parait facile. Ce n’est malheureusement pas le cas. Mais comme le dit la sagesse africaine, ce n’est qu’à force de forger qu’on devient forgeron.

Propos recueillis par Bertille MISSI BIKOUN, à Blida

Bertille Missi Bikoun

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