Yves Tsala : FAP joue son destin contre Cobra Sport

Yves Tsala : FAP joue son destin contre Cobra Sport

Le président de la Commission Communication de la Fédération Camerounaise de Basketball (Fécabasket) dresse le bilan des premières sorties des FAP dans la deuxième édition de la Basketball Africa League (BAL). Président de la Ligue de basketball du Centre, l’expert de la discipline donne les clés d’une victoire du représentant camerounais face au Cobra Sport du Sud-Soudan ce lundi, 18 avril 2022.

Trois sorties. Deux défaites. Une victoire en match inaugural. Qu’elle analyse faite-vous des premières journées de compétition des FAP à la Conférence Nil de la deuxième édition de la BAL ?

Depuis la publication, par l’organisation, de la composition des équipes de la Conférence Nil, on sait que les favoris, ici, seront Zamalek du Caire et Petro de Luanda ; et que les quatre autres équipes allaient se battre pour les deux autres tickets qualificatifs. Le calendrier du début était plutôt favorable à FAP ; à savoir qu’au cours de ses trois premières journées, FAP allait rencontrer deux des trois équipes parmi celles abordables. Dans la chronologie, BC Espoirs Fukash (RD Congo) et Cape Town Tigers (Afrique du Sud), avant le premier choc contre Petro  (Angola). C’était la voie idéale pour engranger deux victoires et, déjà, se mettre sur la voie de la qualification avant les trois autres matchs.

FAP a réussi son entrée en contre Espoirs Fukash avec, un différentiel de plus 17 points (77-60) ; ce qui est important dans ce type de compétition d’avoir ces marges-là lorsqu’on gagne. Maintenant, il y a la défaite contre Cape Town qui laisse un goût amer dû au fait de perdre ce match avec un écart de trois points (73-70). Ensuite, il y a la défaite contre Petro qui, à priori, n’est pas une surprise (73-60).

Du coup, en termes de bilan, il y a cette victoire devant Espoir Fukash qui redonne de l’espoir à FAP. Grace à cette victoire, FAP est toujours en lice. Et puis, il y a les deux défaites, surtout celle à face Cape Town, qui empêche FAP d’être en ballotage très favorable à ce jour. Voilà, en quelque sorte, le bilan que, pour moi, l’on peut dresser à l’issue des trois premières sorties des FAP.

A l’observation, le groupe de 2022 a plus d’envergure et d’allant que le précédent. Qu’est-ce qui, d’après-vous, ne permet pas aux hommes de François Enyegue de donner la pleine mesure de leur potentiel et à l’équipe d’aller au bout de son ambition ?

En effet, ce deuxième groupe a beaucoup plus d’envergure que le précédent. Normalement, FAP devait bénéficier de l’expérience de la participation à la première édition de la BAL pour ajuster les rosters. De plus, cette année, il y a eu un temps de préparation plus long ; un stage bloqué qui devait permettre aux joueurs de travailler ensemble à la cohésion. Et puis, comme mentionné plus haut, l’agencement des matchs était l’idéal. Mais, seulement, il manque quelque chose.

Sur les premiers matches que nous avons vus, en défense, les gars défendent bien comme d’habitude. Ils amènent les équipes à moins de 80 points. Mais en attaque, l’équipe a quelques soucis parce que, déjà, les gars sont maladroits. La preuve, les pourcentages de réussite aux shoots ne sont pas bons, aussi bien à trois points comme à deux points. Et puis, l’équipe rencontre des difficultés au niveau des attaques-placées. Les joueurs éprouvent des difficultés à exécuter les systèmes comme il se doit. On ne joue pas  assez le basket de transition, le jeu rapide qui, pour moi, nous correspond le mieux. Ça fait partie des choses qu’il faudra changer. Nos attaques sont trop placées, c’est trop sérieux ! Ce qui ne nous correspond pas du tout. Je crois, comme le disait feu le coach Etienne Obah, qu’il faut emballer le match, mettre un peu de folie, courir dans les transitions, jouer vite… Si nous le faisons, je crois que ça irait mieux. En somme, notre principal problème se trouve être le jeu d’attaque.

Toutefois, il faut que les joueurs qu’on attend se montrent aussi à leur avantage. L’on n’a pas encore assez vu nos joueurs américains (Morman Deshaun Lamar et Tyjhai Byers). Ce sont des joueurs qui doivent mieux performer. Il y a tout un ensemble d’autres joueurs dont Brice Eyaga qui peuvent faire mieux ; Almeida qui a été MVP lors du premier match avec 23 points… On espère qu’il réédite ce type de performance. Donc, il ne faut pas qu’ils se retiennent. Il faut aller jusqu’au bout dans ce point en attaque

Etes-vous d’avis que le match de mercredi dernier, contre les Cape Town Tigers d’Afrique du Sud, est une grosse frustration au regard de son déroulé et du potentiel des Camerounais à pouvoir tenir la dragée haute face à une formation pourtant à leur portée ?

Absolument !!! Comme je l’ai dit d’entrée de jeu, Cape Town Tigers faisait partie des équipes à la portée de FAP. Et ce match était très serré. Durant toute la rencontre, aucune équipe n’a réussi à prendre un écart de plus de 10 points. Le maximum, dans le leads, était environ huit points. Puis, rapidement, les équipes revenaient. Au 4ème quart temps, FAP a eu l’avantage d’être souvent devant. Et donc d’avoir la possibilité de porter l’estocade. Il y a eu des erreurs inhabituelles qui, à ce niveau de la compétition, qui sont pas acceptables.

L’une des erreurs remarquables est la perte de balle d’Almeida. A ce moment-là,  FAP a trois points d’avance et peut passer à deux possessions. Mais là, le joueur monte le ballon, et personne ne lui dit qu’il y a Ganapamo qui vient derrière et va lui piquer ce ballon. Rapidement, on fait une faute et nous sommes sanctionnés par deux lancers-francs, puisqu’on est en collective. Du coup, l’écart revient à un point. FAP a multiplié ce type d’erreur. Aussi bien en défense comme en attaque.

Les joueurs ont fait des mauvais choix pour aller doubler sur les porteurs de balle, notamment au niveau de l’axe. Et ils ont laissé Myburgh, shooter, tout seul. Ce sont des erreurs que l’on n’a pas vu chez les autres. A ce niveau, un joueur ne peut avoir un shoot aussi ouvert, sans contestation aucune. Et là, FAP prend un trois points d’égalisation.

Justement, la gestion de FAP de cette fin de match leur est reprochable. D’aucuns estiment que l’équipe est à l’origine de sa défaite, qu’elle a donné le fouet pour se faire battre…

Sur ce point-là, FAP a l’attaque pour gagner le match. Mais Almeida rate. FAP prend le rebond offensif avec Biyers et, on ressort. Mais là, il reste neuf secondes. Dans ce genre de ballon, une équipe expérimentée va attaquer au dernier moment pour que si elle rate, il y a prolongation tout au moins. Or, FAP a précipité un shoot à trois points direct à neuf secondes qu’ils ont raté. Ce qui a donné l’occasion à Cape Town d’avoir une attaque et de bien s’organiser.

Les Camerounais ont été cloués par ce tir à trois points à la dernière seconde de Ganapamo. Ce sont des erreurs accumulées qui, sur le haut niveau, ne sont pas pardonnables. C’est la raison pour laquelle ce match contre Cape Town Tigers est resté en travers de la gorge à plus personne. Maintenant, il ne faut pas rester sur ce match-là en se disant qu’on serait presque qualifié si on l’avait gagné. Mais FAP l’a perdu. Il faut en tirer toutes les conséquences et continuer d’avancer.

Samedi, 9 avril 2022. FAP dicte sa loi à BC Espoir Fukash (77-60) lors de son match inaugural de la Conférence NIL, au Caire.

Contre Petro de Luanda, samedi dernier, les Camerounais, plus frais, sont à nouveau passés à côté de la rencontre face à un adversaire qui accusait moins de 24h de repos et qui sortait d’un match difficile contre Zamalek du Caire…

La programmation est ainsi faite. Chaque équipe doit avoir un back to back, c’est-à-dire deux matches d’affilés. FAP l’a eu contre Petro. Mais Petro, on le sait, est une équipe extrêmement expérimentée. Il n’y a qu’à voir la moyenne d’âge ! C’est l’une des plus importantes de la BAL. Ils sont pratiquement à 29 ans de moyenne d’âge. Son effectif représente 90% de l’équipe nationale d’Angola puisque-là, ils ont renforcé avec Yannick Moreira qui était à l’étranger et qui est pratiquement l’un des seuls professionnels appelés par Petro. Donc là, nous avons une équipe nationale. Des joueurs qui sont habitués à jouer ensemble pour certains, depuis les juniors. Ils ont une grande maturité tactique et un banc de touche étoffé. Le tout dirigé par le coach brésilien Neto qui a un Espagnol comme assistant. Donc, c’est très compliqué de les jouer, même quand ils ralentissent.

Peut-être que l’erreur tactique que FAP a commise a été de ne pas accélérer, de ne pas assez jouer la transition contre des joueurs qui étaient fatigués. Certes, là-dedans, il y a une alchimie avec la présence des jeunes comme Fortuna Dundao qui nous a fait très mal, surtout sur l’adresse. Petro c’est une équipe qui sait pouvoir tourner le ballon pour trouver la solution du shoot à la limite des 24 secondes. A cela, Fortuna Dundao avait la main pour terminer, chaque fois, le travail avec un trois points. Les Angolais étiraient les lignes au maximum. Tactiquement, FAP aurait peut-être dû pousser. Mais, il faut avouer que ce n’était pas évident.  Petro est une équipe expérimentée, qui punit les moindres erreurs commises par l’adversaire.

Ce lundi, 18 avril 2022, les FAP jouent leur destin à la BAL 2022. Ils seront face au Cobra Sports, la formation dont les joueurs sont les grands de taille de la Conférence Nil (199 cm). D’après-vous, quels pourraient être les clés de la réussite pour les Camerounais face au Sud-soudanais qui ont atout majeur : la taille ?

Ce match contre Cobra Sport est un must win game, do or die. On gagne, on passe pour la qualification. On perd, on rentre. Ce n’est pas que la même situation pour nous. Cobras se trouve également dans cette même situation. Ce ne sera pas qu’un simple match de la Conférence Nil. C’est une finale. Les deux équipes vont se donner au maximum pour remporter le match et se qualifier pour la phase finale. Les clés du match sont à ce niveau-là.

Quels sont les forces de cette équipe de Cobra Sport ?

La morphologie. Ils sont très grands en termes d’envergure. Ils gênent énormément à l’intérieur sur les rebonds défensifs comme sur les rebonds offensifs. Ce qui leur donne des secondes chances. Ce sont, en outre, des joueurs très athlétiques ; notamment Wang (numéro 5), Kiir (numéro 1) ou Weck (numéro 2). Ces derniers peuvent être très adroits lorsqu’ils sont en confiance. Toutefois, il faut minimiser ces forces-là. Il faudra provoquer les fautes parce qu’ils vont sauter aux contres (ce qu’ils aiment bien faire), marquer les lancers-francs et défendre très haut pour éviter qu’ils prennent confiance et qu’ils s’enflamment. Surtout, qu’ils mènent rapidement et s’enflamment. C’est à éviter. Pour cela, il faudra travailler sur les points faibles de l’équipe : la naïveté.

Ils sont jeunes et ne sont pas habitués à ce niveau de compétition. Du coup, ils perdent beaucoup de ballons en moyenne par match. Il faudrait que FAP capitalise dessus avec une défense très haute, quasi tout au long de la rencontre. Une espèce de zone presse qui va emmener les Sud-soudanais à forcer sur les passes, donc à perdre des ballons.

Le dirigeant a concervé la même passion de la boule orange.

Avec des risques de se prendre de ballons derrière…

Cela fait partie des risques. On peut gagner des ballons. Et si les joueurs des FAP les ont, ils devraient chercher à marquer les paniers faciles rapidement, avant que la défense soit placée. C’est sur ces erreurs des joueurs de Cobra Sport et sur l’expérience des nôtres, habitués aux compétitions de haut niveau comme c’est le cas pour Almeida, que FAP doit provoquer les fautes, marquer les lancers-francs…

Voilà les clés du match. A cela, il faudrait ajouter la détermination. Chacun doit être conscient que c’est le match de la qualification. Si l’on veut aller du côté de Kigali en mai prochain, cette motivation-là doit être forte. Les gars doivent être prêts à tout donner, à ne rien négliger, plonger sur tous les ballons, éviter aussi les pertes de balles naïves des matches précédents. Autant d’éléments qui, mis ensembles, pourraient constituer les clés de la victoire des FAP contre Cobra Sport.

Demain, dernière journée de compétition, les FAP seront opposés à Zamalek, tenant du titre, jusqu’ici imbattable et, qui évolue à domicile. Quel devrait être l’objectif logique que le coach François Enyegue pourrait assigner à ses joueurs ?

Le match contre Zamalek sera un match de prestige, qui ne comptera pas pour la qualification. Si FAP gagne le match aujourd’hui, il sera déjà qualifié en venant jouer son match demain. A contrario, si FAP perd, il sera déjà éliminé en venant jouer contre Zamalek. Donc, le résultat de Zamalek n’aura pas une incidence sur la qualification. Ce qui signifie que dans ce match-là, FAP n’aura, en principe pas la pression. Zamalek non plus.

Ce sont des équipes qui vont jouer pour se faire plaisir, sans pression aucune. Et lorsqu’il n’y a pas de pression, il faut jouer relâcher. Ce qui ne signifie pas qu’on joue léger. C’est l’intensité qu’il faut parce que, de toutes les façons, c’est le dernier match et, après, on prend l’avion pour rentrer. Donc, il n’y a plus de soucis de fatigue. Il faut jouer à fond, notamment en défense. Mais en attaque, il faut être le plus possible relâché pour jouer détendu et pour l’honneur.

En conclusion, contre Zamalek, FAP devrait jouer pour l’emporter ou alors pour limiter la casse ?

Battre Zamalek ce sera une victoire de prestige et très bonne pour le moral, surtout si l’équipe est déjà qualifiée dans la perspective de repartir à Kigali pour le Final Eight. Zamalek n’a perdu aucun match depuis la première édition de la BAL. C’est une très grosse machine, une très grosse équipe. Psychologiquement, ce serait bien pour FAP de l’emporter. Donc, jouer ce match-là avec toute l’intensité nécessaire en défense, et plus relâché en attaque. En ayant en esprit qu’il ne faut pas perdre le match par un très grand score. Il faut jouer, être le plus près possible de Zamalek pour pouvoir essayer de passer devant à un moment donné. Et ne pas laisser qu’ils prennent de l’écart. Ce sera çà pour la dernière sortie des FAP.

Entretien mené par Bertille MISSI BIKOUN

Bertille Missi Bikoun

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