Belmadi et l’arbitrage africain (2)

Belmadi et l’arbitrage africain  (2)

En s’en prenant ouvertement à Bakary Gassama (à l’aéroport d’Alger et à Ankara) et à l’arbitrage africain dans une vidéo devenue virale, le technicien algérien se met un doit dans l’œil. Aussi bien la sélection nationale que les clubs algériens, leurs matchs, en compétitions continentales et interclubs ne seront jamais dirigés par des sifflets occidentaux ou asiatiques. De même que par son indélicatesse, Djamel Belmadi se met à dos les arbitres, la CAF et les instances internationales. Et, partant, les sélections et clubs algériens qui paieront au prix fort ce dérapage du sélectionneur national de l’Algérie,

Ce lundi, 2 mai 2022, lors de son intervention sur une radio française établie à Paris, Djamel Belmadi a de nouveau peint un tableau noir de «l’arbitrage, en Afrique, [qui] est obsolète. Il est un d’un âge préhistorique, c’est-à-dire qu’ils [les arbitres, Ndlr] sont dépassés. Ils sont trop à l’ancienne. Et pas seulement ; il y a une mainmise de ceux qui ont les bras longs ; et des trafics d’influence», affirme-t-il. Si tant est qu’on pourrait donner raison au technicien algérien sur certains points, l’on constate cependant que les récriminations ne fusent, en général, qu’après une défaite.

Un peu plus de deux semaines après sa prestation, Bakary Gassama est sorti de sa réserve. Et c’était pour ainsi répliquer avec vigueur. «S’ils (les Algériens) gagnent, vous êtes le meilleur arbitre. Et s’ils perdent, ils vous qualifient de mauvais arbitre», a taclé Gassama dans The Standard, un média gambien. En effet, l’arbitrage africain a des soucis. On le voit tous les jours en Coupes africaines interclubs : difficile, pour un club de l’Afrique sub-saharienne de s’imposer devant son homologue du Nord de l’Afrique. L’arbitrage est très souvent à l’avantage de ces derniers.

Il est du devoir de tout dirigeant de haut niveau de préparer les compétiteurs et le public à goûter, le cas échéant, à l’amertume de la défaite, et éprouver la doleur d’une élimination au scénario improbable.

SAMUEL ETO’O, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATIOBN CAMEROUNAISE DE FOOTBALL.

Pire encore, il est quasi impossible de battre un club de l’Afrique du Nord à domicile. Si oui, lorsque l’adversaire est également originaire de la même région comme c’est très souvent le cas dans la phase à élimination directe. Mais dès qu’ils perdent, ce sont des soupçons de corruption à n’en plus finir. Dès lors, l’on est en droit de s’interroger sur le bien-fondé des plaintes de Belmadi. Au final, le sélectionneur national des Fennecs ne veut-il simplement pas détourner l’attention de ses erreurs tactiques (notamment l’alignement catastrophique en fin de match)  qui ont conduit sa sélection à l’échec et prendre l’arbitrage africain comme le bouc émissaire de son élimination ?

Le technicien est malheureusement soutenu dans ses envolées lyriques par le président de la FAF. Amara Charaf-Eddine n’est pas dans l’optique d’accepter le résultat final du match Algérie-Cameroun car, écrit-il : «l’arbitrage a faussé l’issue de la rencontre». C’est pourquoi il s’inscrit dans la démarche de «dénoncer le comportement de certains arbitres» pour, dit-il, «le bien et la préservation de l’intégrité du jeu dans notre cher continent».

Il est un fait : l’évolution du football, en Afrique, ne va pas de pair avec l’amélioration des performances de ses arbitres. Ce qui n’est pas sans reconnaitre les efforts faits par la CAF et certaines associations nationales du continent. Mais plutôt que de jeter le discrédit sur tout le corps, il serait mieux de trouver, ensemble, les voies et moyens pour permettre aux arbitres africains de sortir de l’ornière et de rivaliser avec leurs pairs d’Europe, d’Amérique du Sud ou encore d’Asie. Prendre en considération l’arbitrage africain devrait aider le football africain et à progresser.

Après la formation, la reformation, la présence régulière et en nombre des arbitres africains dans les compétitions de la FIFA devrait être le leitmotiv de la CAF. Il pourrait s’agir là d’une jauge parfaite pour booster les performances. Leur nette infériorité numérique lors des compétitions FIFA est une injustice criante.

En attendant que la mayonnaise prenne, Samuel Eto’o, le président de la Fédération Camerounaise de football estime qu’ : «Il est du devoir de tout dirigeant de haut niveau de préparer les compétiteurs et le public à goûter, le cas échéant, à l’amertume de la défaite, et éprouver la doleur d’une élimination au scénario improbable», affirme l’ancien goleador dans son communiqué du 25 avril 2022.

Bertille MISSI BIKOUN

Bertille Missi Bikoun

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